 |
La première école du commerce de l'art et de l'action culturelle en Europe
Titre certifié par l'État Niveau II |
|
|
|
 |
 |

La médiation culturelle
L’avenir aux médiateurs… par Pierre Corcos
L’ICART prépare ses étudiant(e)s aux métiers de la médiation culturelle. Or, si le terme de médiateur est de plus en plus utilisé, s’il semble bien correspondre à un nombre croissant d’activités et attirer nombre de jeunes, il reste nimbé de flou, d’incertitudes. Il convient donc de poser les questions adéquates, préciser les enjeux globaux de la médiation, revenir à des notions fondamentales.
L’étymologie nous dit beaucoup, qui fait dériver le mot du bas latin “mediator”, de “mediare” = s’interposer, de “medius” = qui est au milieu. Car, s’il s’agit d’interposition, c’est qu’à l’origine, la noble tâche de la médiation consistait bien en l’intervention d’un tiers (personne ou institution) pour régler un conflit. Ainsi, la Charte des Nations Unies de 1945 a réglementé le processus de la médiation lors de litiges entre deux états. Une personnalité reconnue, une organisation internationale, un état peuvent devenir “médiateurs” s’ils sont reconnus tels, acceptés par les parties concernées. De la même façon, dans les cas fréquents de litiges entre les particuliers et l’administration publique, le médiateur (ce statut, ce rôle furent introduits en France en 1973, sur le modèle de l’ombudsman qui existait déjà dans les pays scandinaves et donnait pleinement satisfaction) offre ses bons offices, consistant à favoriser la communication, et à trouver des solutions originales, facilitées par l’espace neutre, médian où il se situe.
Retenons cette idée simple d’un intermédiaire dans des situations qui ne vont pas de soi. Et venons-en à la médiation culturelle… Avec la complexification croissante de la société, processus irréversible, avec la pléthore réjouissante de l’offre culturelle, artistique, nous nous trouvons dans un cas de figure intéressant : il n’y a plus véritablement de conflit (encore qu’entre l’art contemporain, par exemple, et le goût moyen du grand public il puisse encore y avoir un divorce véritable !), mais une difficulté de communication. Entre l’émetteur (artiste, institutions culturelles) et le récepteur (les publics différenciés), le message ne passe pas aussi aisément qu’on l’imagine. La multiplicité des canaux (ce qu’on appelle les “médias”), loin de régler tous les problèmes, complique encore plus cette tâche de médiation, puisqu’on le sait, depuis Mac Luhan au moins, ceux-ci ont leur logique, langage propres. Si bien que, sans médiateurs, des artistes géniaux resteraient inconnus et, symétriquement, des attentes du public, claires ou confuses, resteraient toujours frustrées.
En quoi consistent, dès lors, les fonctions du médiateur ? On le déduit de ce qui précède : situé “au milieu”, dans cet espace médian qu’il crée et qui en retour le crée, le médiateur favorise la communication, le contact entre les oeuvres, les propositions artistiques et tous ceux qui en sont les destinataires. Il doit aussi bien tenir compte des multiples contraintes (spatio-temporelles, économiques, sociales) subies par le public que défendre avec authenticité la proposition de l’artiste. Il doit être pédagogue, puisqu’il s’agit de mieux préparer le public à ce qu’il va recevoir (lequel public donne ou refuse ensuite son suffrage, c’est sa liberté inaliénable) et, ce faisant, mieux faire comprendre ce qui est original, nouveau. Au final, il défend un rapport vivant, démocratique entre la culture, prise au sens humaniste, et le public. Si à l’ICART, il nous semble que les métiers du commerce de l’art procèdent de la médiation culturelle, c’est que l’art n’est pas un “produit” comme les autres. Un galeriste ne vend pas ses tableaux comme un marchand d’aspirateurs ses aspirateurs. Les dimensions esthétiques, éthiques et politiques des oeuvres d’art, les enjeux idéologiques qui leur sont attachés, l’écho profond, contradictoire, existentiel qu’elles rencontrent chez ceux qui les reçoivent font que leur commerce procède en vérité d’un acte de communication engagé, amoureux, pédagogique : il suffit d’entendre parler un bon galeriste de ce peintre qu’il défend ou un antiquaire chevronné d’une vieille horloge qu’il a mise en vitrine, pour s’en convaincre…
Ainsi, pas plus qu’une bonne école de communication, une simple école de commerce ne permettrait de devenir un médiateur culturel efficace, crédible. La culture artistique est ici nécessaire, incontournable. Mais elle-même n’est féconde que si l’amour de l’art, des arts, est déjà présent, actif chez l’étudiant-candidat. A cette culture artistique, le futur médiateur culturel devra adjoindre une connaissance des réalités socio-économiques, institutionnelles et des multiples déterminations culturelles qui agissent sur la vie de l’art dans la Cité. A cette culture et à cette connaissance, enfin, il faudra bien entendu ajouter une pratique réelle et sur le terrain, parce qu’il existe des savoir-faire qui ne peuvent s’acquérir autrement que par une initiation directe lors de stages variés.
De manière générale la sociologie constate que, lorsque les biens matériels, plus ou moins nécessaires, sont enfin acquis, les biens immatériels, en apparence “superflus”, sont recherchés. Dans nos démocraties (et sans doute particulièrement en France, si fière de son “exception culturelle”) l’offre d’art et de culture est abondante, variée, mais les voies pour y accéder se densifient d’autant plus en labyrinthes que la société moderne se spécialise et se complexifie. Dans ce réseau compliqué menant les publics aux objets et événements artistiques, les médiateurs sont (et seront de plus en plus) les guides, les pilotes, les passeurs, les conseillers proposant leur savoir-faire et leur expérience pour rendre possible une rencontre passionnante, mais qui ne va jamais de soi, celle de chacun d’entre nous avec l’art.
Pierre Corcos, Directeur des études de l’ICART
ICART, l’école du commerce de l’ art et de la médiation culturelle

|
 |
|